L’Université Paris Saclay, ça coûte cher !
Nicolas Sarkozy a promis d'en faire une «Silicon Valley» à la
française, capable de concurrencer Cambridge ou le MIT[1].
Cette ambition a été depuis confirmée par François Hollande et Jean-Marc
Ayrault[2]. Le
plateau de Saclay (situé à 25 km de Paris, pour partie dans les Yvelines, pour
partie dans l'Essonne), perdu au milieu des champs et avec des institutions très
espacées les unes des autres, n'offre guère un visage attrayant en dépit
d'acteurs prestigieux comme l’université Paris-Sud, le CEA, le CNRS ou
Polytechnique.
Alors, on verra ce qu’on verra…
Grâce à une volonté politique sans précédent, de cette terre fertile naitra un
nouveau Golem. Les annonces de milliards pleuvant sur le plateau se sont
multipliées : Plan campus, Investissements d’avenir, métro automatique …
Ces annonces faites plusieurs fois, parfois par les mêmes personnes, donnent
des milliards confirmés, puis reconfirmés et une impression de tournis car à
chaque fois que l’on parle d’un milliard notre inconscient l’ajoute au
précédent. Il y a aussi ces faux milliards qui sont des milliards empruntés et
dont on ne touchera que les intérêts et qu’il faudra bien rembourser un jour[3]…
Néanmoins, on peut désormais penser que cette université va naître car ses
statuts sont en vue d’être votés par les 23 établissements qui la composent.
Mais de quoi parle-t-on quand on
parle de cette nouvelle université ? La réponse est donnée par le président
de la FCS[4]
(fondation de coopération scientifique) Campus Paris-Saclay : « Un
principe [d’université] mixte confédérale/fédérale : les établissements
conservent leur identité mais acceptent de confier à la communauté la
coordination de certaines de leurs missions et de lui déléguer certaines de
leurs compétences. » Si cette phrase n’est pas compréhensible pour un
lecteur lambda, elle l’est probablement pour les chercheurs du troisième type
que nous sommes devenus.
En effet, désormais, après avoir
parlé pendant des années de science, les chercheurs sont devenus enfin sérieux.
Nous avons appris le vocabulaire qui convient : nous parlons de synergie,
gouvernance, rationalisation, coûts, innovations … Nous avons développé
une série impressionnante d’indicateurs, nous savons travailler avec des
cabinets de consultants pour faire des projets, nous faisons des feuilles de
temps, nous introduisons la démarche qualité dans nos laboratoires … Nous
avons eu un temps notre agence de notation indépendante. Afin d’être originale,
notre agence ne donnait pas des AAA mais des A+ pour aider les
décideurs à identifier « l’excellence ».
Le risque de cette mutation des
chercheurs est que nous sommes devenus des spécialistes de la comptabilité
analytique à défaut d’être devenus plus excellents … Alors, combien ça
coûte de fabriquer cette nouvelle université ? Cette question est d’autant
plus prégnante que des économies sont annoncées dans l’enseignement supérieur[5].
On peut aussi trouver la réponse dans la bouche du président de la FCS campus
Paris-Saclay. Il a estimé lors de ses vœux[6]
que plus de 1000 personnes travaillent sur le projet. Ces 1000 personnes
« réunionnent», « réfléchissent », « harmonisent »
dans des « conseils », « groupes de travail »,
« commissions », « sénat » … On pourrait estimer que
ce chiffre est gonflé artificiellement par les partisans du Golem pour montrer
une adhésion des personnels, mais il est plus sérieux d’accorder du crédit à
cette estimation en considérant qu’un millier de chercheurs,
enseignants-chercheurs, ingénieurs consacrent 10 % de leur temps à ce projet.
En supposant que ces 1000 personnes sont des cadres moyens des établissements
et en se reportant aux grilles de salaire, le coût est donc par personne, en
moyenne de 6000 €/mois. Ceci fait un coût pour le projet de 6000 x 1000 x 10% =
600 000 €/mois. Il faut évidemment rajouter aux coûts salariaux, les frais
d’environnements qui sont de 80 % ce qui
donne un coût actuel de fabrication de cette université de 1 080 000
€/mois en réunions.
Si l’on estime, que le lancement de ce projet nécessitera trois ans,
cette université aura coûté en réunions … un peu moins de 40 millions
d’euros. « Rationaliser les coûts », nous dit-on.
[1] Discours
de Nicolas Sarkozy, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de l’aménagement
du territoire, plateau de Saclay – Ecole Supélec – 18 janvier 2007
[2] Discours
de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, Paris-Saclay, jeudi 10 octobre 2013
[3] En
France ces IDEX sont financés à hauteur de 7,7 milliards d’euros par le « grand
emprunt » encore appelé Investissements d’Avenir.
[6] « "Près
de 1000 personnes se sont mobilisées pour construire l'@U_ParisSaclay dans les
établissements, les GT, les #labex" D. Vernay #FCS » - Compte Twitter
officiel de La FCS Campus Paris-Saclay.
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